30 juin 2006 : Michel refuse de descendre de son petit nuage congolais.
La loi électorale, déposée sur le bureau du Président de la République
seulement le 27 février 2006, n’est à ce jour toujours pas promulguée.
Sûrement que les services de Joseph Kabila, rendus regardants par la
mésaventure de la multitude des projets de constitution la veille du
référendum, sont en train de se rassurer que c’est bien la bonne copie
qui leur est transmise par le parlement.
Et pourtant Malu Malu, le jovial abbé président de la commission électorale indépendante, avait misé sur la promulgation de ladite loi au plus tard le 27 février 2006, pour pouvoir être en mesure d’organiser le premier tour des élections présidentielles et parlementaires, le 18 juin 2006. Le bon abbé, qui ne disposait que de 109 jours non compréhensibles, a dû dire adieu à la perspective de pouvoir s’exhiber triomphalement dans le bureau de vote avant le 30 juin 2006.
Cependant le plus Congolais des sujets de Sa Majesté Belge, le
ci-devant Louis Michel, le Commissaire Européen au développement et à
l’Action Humanitaire, ne désespère pas de voir les élections se tenir
avant le 30 juin 2006. D’où vient-il que Loulou que Loulou soit plus
optimiste que l’abbé technicien de la CEI ?
L’homme aime le Congo au point de voler la vedette à son collègue,
Javier SOLANA dans ce domaine qui est pourtant celui de l’Espagnol,
parce que politique. On ne compte plus les allées et venues de Michel
entre l’Espace Shengen et Kinshasa. Loulou est de tous les combats et
de toutes les messes politiques congolais. Tshisekedi tousse-t-il ?
Voilà Michel qui donne de la voix. Malu Malu, les animateurs de la
transition ont-ils mailles à partir avec l’opposition et la population?
Voilà Michel qui vole à leur secours. Mais qui fait son travail au desk
développement et à l’action humanitaire ?
Quelle question ? Qui s’en préoccupe ? Loulou n’est-il pas le
‘‘Monsieur Congo’’ de la communauté Internationale ? N’a-t-il pas porté
son Congo dans ses bras, seul, dans toutes instances de décision afin
que le ‘‘pays continent’’ redevienne une urgence dans l’agenda
international, alors que plus personne ne pariait un penny sur lui ?
N’a-t-il pas dit qu’il serait l’homme le plus heureux le jour où Malu
Malu lui annoncerait les 15.000.000 d’enrôlés ? Aujourd’hui, Loulou est
sur son petit nuage. Le voilà avec plus de 26.000.000 inscrits, lui qui
n’en attendait que 15.000.000 !
Loulou plane et voit du haut de son petit nuage ses compatriotes
des Congolais, pour qui il a tant fait, en file indienne, leur carte
électorale en main, devant le bureau de vote avant le 30 juin. Malu
Malu devra oublier son chronogramme et égrener son chapelet afin que
Loulou redescende. L’homme ne veut pas se rendre à l’évidence que ses
protégés de la transition dont il a été le maître de stage ont échoué
sur toute la ligne. Souffleur de Malu Malu et du leadership de la
transition, il va bientôt finir par les amener à rêver aussi contre
toute espérance, des élections avant le 30 juin 2006.
Dans sa récente prestation dans les colonnes de La Libre Belgique,
Michel affirme à une Marie-France GROS dubitative : ‘‘…avec le succès
de l'enregistrement des électeurs et la bonne participation au
référendum constitutionnel, j'ai quand même le sentiment que le Congo a
passé le Rubicon et qu'on aura des élections’’
On l’a compris, Michel portera sa croix jusqu’au bout, en dépit des
évidences. Il a des amours qu’il peut et entend bien leur tout
pardonner. Ses protégés se sentent-ils à l’étroit dans l’accoutrement
de l’Accord Global et Inclusif, pourtant taillé sur mesure, et prennent
des libertés avec la lettre du cadre juridique de la transition, en
l’abrogeant, tout en gardant leurs postes et en fonctionnant selon ses
prescrits, et non selon ceux de la constitution promulguée ?
Flegmatique, Michel pense que la situation est sous contrôle: ‘‘ je ne
dirais pas que le processus déraille…’’
Non conquise par l’enthousiasme de son compatriote, GROS s’inquiète
quand même d’un après 30 juin sans élections. Paternaliste comme aux
bons vieux temps de Léopold et de Baudouin, Michel rassure : ‘‘La
communauté internationale devra alors indiquer à quelles conditions
elle peut encore soutenir le processus. Mais je refuse de me mettre
dans ce cas de figure. L'UE s'est engagée à fond dans le soutien au
processus de paix parce que nous pensons qu'il n'y a pas d'alternative.
Mais il est évident qu'on ne peut pas éternellement postposer les
élections.’’
Bon noko (oncle en Lingala), il ne peut cependant pas aimer tous ‘‘ses
neveux’’ de la même manière. S’il faut bien qu’un seul soit président
de la république, il ne se soucie pas moins des autres qu’il voudrait
voir se retrouver après les élections. Aussi fait-il son deuil du rejet
de son scrutin proportionnel par le parlement : ‘‘Si ceux qui sont à
l'Est et ont déjà un sentiment d'exclusion ne devaient pas avoir
d'élus, il y a risque que la frustration s'exprime dans des mouvements
de rébellion. Les mêmes causes risquent toujours d'avoir les mêmes
effets. Plusieurs mécanismes ont été mis sur la table pour corriger
cela mais ils n'ont pas été retenus...’’
Depuis 9 ans, et plus particulièrement depuis le démarrage de la
transition, quelle autre partie du Congo s’est retrouvée aussi bien
représentée dans les institutions de la république que l’EST ? Un
président de la république, deux vice-présidents de la république, un
président du sénat… Et l’EST aurait toujours le sentiment d’avoir été
exclu de l’exercice du pouvoir ? Michel ne se générait-il pas plutôt de
parler ouvertement des ruandophones/banyamulenge, qui se retrouvent
pourtant représentés jusqu’au sommet du pouvoir ? Faudrait-il façonner
tout le paysage politique congolais à l’image de ces ‘‘minorités’’ pour
qu’elles se sentent incluses ? Serait-ce là la meilleure façon de les
intégrer dans ce Congo qu’ils réclament par les armes ?
Et les menaces des ‘‘majorités’’ du centre qui se sont dit, dès le
départ, exclus des instances dirigeantes de la transition, de boycotter
les élections et d’en ignorer les résultats au cas où leurs demandes
n’étaient pas prises en compte ? Michel et ses amis les maîtres du
monde s’en balancent éperdument. Pour eux, les risques découlant de
l’exclusion des ‘‘minorités’’ seraient plus graves que ceux qui
pourraient venir de l’exclusion des ‘‘majorités’’ !
Porte parole de la politique des décideurs occidentaux qui ne cachent
désormais plus rien, ll s'inquiète des risques des contestations des
‘‘minorités’’ à l'issue des scrutins majoritaires dans lesquels elles
ne se seraient pas retrouvées et en même temps, soutient Malu Malu dans
son entêtement à refuser la réouverture des bureaux. Motif. Contraintes
budgétaires. ‘‘Nous prenons en charge’’, répondent les Kasaïens.
Contraintes de calendrier. Mais on en a jusqu’au-delà de juin, non ?
Des opérateurs politiques et sociaux à l’engrange discutable à
l’Equateur et au Bandundu menacent-ils, à partir de Kinshasa, de
méconnaître les résultats des élections si les opérations d’enrôlement
ne sont pas prolongées dans leurs provinces ? Illico presto, avec la
bénédiction de Michel, sans doute, Malu Malu rouvre les bureaux
d’inscription.
Mais quand à Mbuji Mayi, des hommes d’affaires, des politiciens et des
leaders de la société civile ayant pignon sur rue dans les Kasaï,
toutes tendances confondues, profèrent les mêmes menaces de se déclarer
non concernés par ce qui sortira des urnes, ça ne fait peur à personne.
Le chien aboie, la caravane passe ? Clémente , quand même, la caravane
passe en invitant à bord Tshisekedi, celui-là même qui a fait que bon
nombre des Kasaïens n’aient pas pris leur carte électoral. Invitation
sincère ?
Et si ces Kasaïens, frondeurs devant l’Eternel, mettaient leurs
menaces en exécution après les élections, la caravane écrasera-t-elle
les chiens ? Boucherie de Bakwanga version revue et corrigée à la sauce
micheline ?
Si hier les maître du monde portaient les masques, aujourd'hui ils
ne s'en embarrassent plus le moins le monde. Il faut tenir à l'écart
cet éternel empêcheur de tourner en rond de Tshisekedi. Il faut le
pousser à bout, le réduire à une dimension ethnique et le discréditer
aux yeux du peuple. Et tous les moyens sont bons.
Mwinyi Hamza Badjoko, un opposant très proche de l’UDPS, fulmine: ‘‘Ils
veulent de Tshisekedi pour légitimer leur élection, mais pas de sa
base. Ils veulent l’utiliser. Alors qu'on ne vienne plus nous parler
des occidentaux qui seraient sincères, qui nous voudraient du bien. Il
n'y a plus de garant de la morale internationale. La politique est
prise en otage par des affairistes qui passent le plus clair de leur
temps à donner aux autres des leçons de bonne gouvernance, de
démocratie .... et qui en même temps ne se gênent pas d'aller faire la
guerre à Hussein pour le pétrole de l'Irak. Il n’y a plus en Occident
les leaders de la trempe de Roosevelt ou Churchill. Rien que des
affairistes !’’
D’un air dépité, l’opposant conclut : ‘‘Ces gens-là ne respectent
que ceux qui prennent les armes et les terroristes. C’est en fait eux
qui sont à la base de toutes ces rebellions et de tous ces actes de
terrorisme. Tant qu’on aura pas les armes, ils continueront à se foutre
de Tshisekedi et de nous tous’’
C’est ce déficit de morale dans le chef des leaders occidentaux qui est
à la base du fait insolite qu'un pays quatre fois plus grand que la
France, ait maintenant pour dirigeants un conglomérat de jeunes
affairistes qui n'ont eu pour seul mérite que celui de prendre les
armes, de tuer leurs compatriotes, de piller leur pays, et d'en
détruire la faune et la flore.
Peut-être, parce qu'ayant vendu leurs âmes à Mammon en échange du
cobalt, du diamant et du coltant congolais, les plénipotentiaires de la
nébuleuse communauté internationale ont continué à porter à bout des
bras ces dirigeants atypiques, fermant les yeux sur des cas
d'incompétence, de corruption et de détournement, qu'ils décriaient
mollement de temps en temps, pour se donner bonne conscience et berner
leur opinion publique, première contribuable à près de 60 % au budget
d'un pays d'où les seigneurs de guerre au pouvoir et leurs parrains ont
pourtant soufflé 10.000.000.000 des dollars durant la fausse guerre
d'agression/libération. Foi de l’Honorable (eh oui, il y en a au moins
de vrai dans ce parlement congolais) Christophe LUTUNDULA.
Anthony MK KATOMBE